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NODE Contact : Frédéric Lebas fredsable@ymail.com

Référent : J. Corneloup

Mots clés : Nature, extrême, itinérance, sauvage, immersion, écologie corporelle, spiritualité, métissage, forme culturelle, styles de pratique

La nature est un des espaces d’action des pratiques récréatives. Les relations avec celle-ci s’inscrivent dans des configurations culturelles, politiques ou marchandes bien ancrées. Au-delà des nombreuses publications et recherche existantes sur ce sujet, l’objet de ce pôle est d’explorer les relations des pratiquants avec les profondeurs de la nature. Celles-ci concernent toutes les pratiques au sein desquelles la dynamique de la nature est au principe de l’action développée.  Cette posture induit que l’objet d’étude porte sur les pratiques où la composante aménagiste est faible et minorée. Mais au-delà d’une esthétique de surface, l’objet porte sur l’étude des formes culturelles qui façonnent cet ancrage. Comment peut-on qualifier ces itinérances au long cours dans la nature ? Quels effets la nature produit-elle sur les pratiques vécues et les modes de vie contemporains ?

Le détour par les paradigmes de recherche en sciences sociales permet d’interroger et de définir les relations qui se construisent entre les individus et les espaces de pratique. Mais au-delà des engagements épistémologiques, la recherche dans ce pôle thématique interroge la transition récréative à l’œuvre dans ces activités. Peut-on parler de transition sociétale sans observer la manière dont celle-ci est présente dans les usages du corps et de la nature ? De nouvelles sensibilités à la nature sont-elles en mouvement évoquant la présence d’une écologie corporelle transmoderne ? Le projet de recherche s’inscrit dans cette attention portée aux transitions récréatives qui interviennent dans le renouvellement des formes culturelles de pratique de la nature.

Natura natura semper (La nature sera toujours

à naître). Un point de vue mésologique

Augustin Berque

Directeur d’études a l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales

 

Résumé. La notion de nature a une histoire. Elle apparaît en Grèce comme en chine au vie siècle av. J-c. La phusis des grecs signifie à l’origine la puissance de la poussée végétale. Dans l’odyssée, le mot a encore le sens de vertu d’une plante médicinale. Pour inventer la nature comme telle, il faudra non pas des paysans et encore moins des sauvages, mais au contraire l’atticisme le plus raffiné, celui des athéniens qui, après marathon, installeront la statue de pan dans une grotte sous l’acropole. C’est le “principe de grotte de pan” : la culture urbaine invente la notion de nature, comme plus tard elle inventera la notion de paysage, en chine au IVe siècle ap. J-c. C’est la ville, ce foyer de la culture, qui hier comme aujourd’hui tire en avant notre rapport à la nature, inventant au fur et à mesure les nouveaux prédicats selon lesquels la nature existe pour nous. En ce sens, la nature sera toujours à naître.

L’essor des centres naturistes en France

(du XIXe au milieu du XXe siècle). Vers une redéfinition sportive d’une nature sauvage ?

Sylvain Villaret

Université du Maine, Laboratoire VIPS EA 4636

Résumé. Inventé au XVIIIe siècle, le naturisme se développe en réaction aux bouleversements qui traverse l’Europe du premier XIXe siècle. Fondé sur le mythe d’un retour salvateur à la nature, il incarne une philosophie de soins avant de s’affirmer en tant que thérapeutique et hygiène de vie. En Allemagne, les premiers centres naturistes sont des lieux de cure où l’on vient recouvrer la santé au contact d’une nature sauvage. Ils évoluent rapidement en suivant le modèle des stations thermales et climatiques. Au début du XXe siècle, le naturisme se reconfigure autour de centres de loisirs implantés en pleine nature ou en zone périurbaine. On observe la place et l’importance croissantes accordées aux sports dans ces structures, comme dans les projets naturistes dont elles sont issues. Transposées en milieu naturel, ces pratiques physiques révèlent, in fine, l’ambiguïté de la démarche des pionniers du naturisme. En effet, le retour à la nature s’opère selon une rationalité, une esthétique propres à la modernité. La nature sauvage cède progressivement la place à une nature civilisée, domestiquée, afin d’en maximiser les effets “vitalisants”. Ce processus favorise sa déclinaison sportive, son inscription dans un imaginaire sportif où la dimension ludique, hédoniste, côtoie la quête de performance.

Le nouveau sauvage dans la modernité réflexive

Jacques Lolive

Directeur de recherche au CNRS, Science Politique Et AméNagement, PACTE (UMR5194)

 

Résumé. La nature contemporaine peut s’étudier comme le produit d’une activité de composition qui associe les fonctionnements écologiques, sociaux, symboliques et esthétiques. Nous adopterons le terme de “sauvage” comme une perspective d’analyse pour penser cette nature à venir inquiétante, qui déborde les actions humaines. Dans cet article, nous analyserons deux facettes de ce “nouveau” sauvage. D’abord, les nouvelles naturalités : nous sommes devenus maîtres et possesseurs de la nature mais le produit de cette maîtrise, “la nature seconde”, profondément transformée par l’action modernisatrice, échappe à notre contrôle. Comme le démontre l’exemple du var en crue, les éléments de cette nature seconde sont des “hybrides sauvages” difficiles à maîtriser. Ensuite, les nouvelles subjectivités qui pourraient réincarner ces nouvelles naturalités : nous analyserons “l’ensauvagement” des chasseurs de palombes, qui témoigne de la capacité humaine de s’approprier un environnement biophysique pour en faire un petit monde sensible qui participe de la constitution du sujet. C’est dans la palombière, un bosquet aménagé truffé d’observatoires, de tranchées, de leurres, au milieu des champs de maïs de l’agriculture intensive que le paysan s’ensauvage, qu’il devient un chasseur capable de tuer des animaux sauvages. Pour conclure, nous ébaucherons quelques pistes pour intégrer ces deux manifestations d’un sauvage contemporain dans notre monde commun

Construire la nostalgie de la forêt :

tourisme chamanique en Amazonie

Sébastien Baud

Ethnologue, Université De Strasbourg

Résumé. Cet article traite des motivations et représentations propres au tourisme chamanique à destination de l’Amazonie et, plus précisément, de celles liées à l’ingestion d’un breuvage psychotrope appelé Ayahuasca. Ces motivations et représentations ont en commun de mobiliser la forêt comme figure de l’altérité dans un processus thérapeutique ou initiatique, non sans lien avec un imaginaire occidental. En effet, et cela est particulier au tourisme chamanique, les personnes joignent au voyage éprouvé physiquement un voyage “en esprit” dans un “monde autre” interprété différemment selon les uns et les autres. Dès lors, le voyage est vécu comme une épreuve dont les scénarios prennent acte de leur déroulement dans une naturalité amazonienne perçue comme “sauvage” et “habitée” par des “étants” qui appartiennent aussi au collectif et au discours. En ce sens, le tourisme chamanique s’emploie, par la construction d’une nostalgie de la forêt, à faire de celle-ci un “actant” qui vient saturer la totalité de l’expérience individuelle lors de l’extase psychotrope. L’authenticité ainsi convoquée, “référent central” de la praxis touristique, participe dès lors du sens de soi.

Une “cosmotique” immersive. Pour une écologie corporelle en premiére personne

Bernard Andrieu

Professeur à la faculté du sport, EA 4360 APEMAC/ EPSAMETZ, USR 3261 MSH Lorraine axe 5, Université

de lorraine - associé à ADES/EFS (UMR CNRS 7268)

 

​Résumé. Se fondre dans la nature est une expérience recherchée moins par romantisme ou par amour de la nature que par le désir de vivre une expérience immersive. Plus qu’une simple évasion vers la nature et une aventure corporelle, la re-créativité́ immersive dans la nature est un moyen pour le sujet de faire émerger en lui de nouvelles coordonnées sensorielles. La nature n’est pas seulement un loisir mais une école expérientielle des corps incorporés dans la nature.

Les formes de la naturalité forestière

Pierre le Quéau

Maître de conférences, département de sociologie, PACTE Université Grenoble-Alpes (UFR SHS)

Résumé. En proposant quelques pistes théoriques permettant d’approcher la naturalité comme une “forme”, l’article vise à montrer que l’enjeu de son émergence tient surtout dans la transformation de la relation que les humains entretiennent à l’égard de la nature et des mondes dont elle devient le pivot. Après avoir rappelé quelques-uns des éléments les plus structurants de la notion, il s’agira d’aborder les deux versants de la forme : son objectivité, puis les retentissements subjectifs qu’elle produit et à partir desquels différents collectifs se constituent. Plusieurs enquêtes de terrain portant sur la forêt fournissent la matière empirique à cet article.